En ce Samedi 23 Mai, rendez-vous était donné au Col de l'Homme Mort à Palairac, un lieu isolé sur le plateau de Lacamp, loin des sentiers battus. La vue s'étend sur le Prat de Labat, une petite dépression sur le plateau calcaire qui nourrissait de riches pâturages et fut un enjeu économique majeur au fil de l'histoire. Les abbés de Lagrasse parvinrent à se l'approprier, d'où son nom, pour y faire paître leur nombreux bétail.
Aux 18ème et 19ème siècles des seigneurs locaux et de gros propriétaires y élevaient de grands troupeaux alors que les "manants" se contentaient de quelques chèvres pour subsister.
C'est ce fil que Julien Mantenant allait tirer tout au long de cette balade.
Aujourd'hui, le Prat de Labat abrite encore une métairie pratiquant un élevage extensif de brebis. La propriété départementale voisine (Fourques, Saint Rome, Fenouillères) possède de belles prairies exploitées par un éleveur local.
La deuxième richesse de la contrée, c'est le bois dont certains subsistent encore aujourd'hui. Il était utilisé pour le chauffage, le bois d'oeuvre mais surtout pour transformer la troisième richesse de la contrée, un minerai de fer de très bonne qualité et qui affleure très souvent au niveau du sol.
Les Romains y construisirent des bas fourneaux dans lesquels ils litaient minerai concassé et charbons de bois pour obtenir une masse de fer transformée en barres. De gros volumes de scories sont visibles dans de nombreux sites des Corbières tels le "caraillet", terme désignant le lieu d'épandage des rebuts de réduction directe du minerai.

A partir du 14ème siècle apparaissent les "moulines à fer" utilisant la force hydraulique pour activer la combustion (soufflets?) et le marteau hydraulique (martinet) pour épurer la masse de fer sortie du bas fourneau. Cette technique va augmenter notablement les volumes produits et demander de plus en plus de charbon de bois.
Les lieux de traitement ne sont plus sur Lacamp mais au bord d'un cours d'eau a proximité de charbonnières vers lesquels on transportait le minerai, tels "Les Eygues" près de Bugarach.
A l'époque moderne se diffuse un nouveau type de forge dite en Languedoc "forge à la catalane". Le four est plus grand, il utilise une "trompe à eau" pour envoyer de l'air humide lors de la réduction du minerai, et bien sûr des marteaux hydrauliques pour concasser et forger la masse de fer.
Cette nouvelle technique accentue encore la pression sur la ressource en bois. L'activité métallurgique est un désastre pour la forêt. Certains propriétaires tentent de règlementer pour la laisser se régénérer. Les conflits autour de l'usage du bois sont récurrents.
Tous ces transports, de minerai, de bois et autres ressources, génèrent de nombreuses taxes qui enrichissent les uns et grèvent l'activité des autres.
Le minerai des Corbières est traité dans les forges d'Auriac, Saint Pierre des Champs et parfois envoyé à dos de mulet jusqu'à Lagrasse, via les forges de Saint Denis dans la Montagne Noire. En effet la ressource en bois manque et surtout les forges des Corbières n'ont de l'eau que quelques mois par an. Malgré l'excellente qualité du minerai la production de fer n'était pas concurrentielle.
De nouveaux espoirs apparurent avec la création des chemins de fer au milieu du 19ème siècle mais aucune ligne ne s'aventura dans les Corbières sinon les tramways de l'Aude qui jusqu'en 1945 récupéraient le minerai de fer du Monthaut arrivé par câble à la Gare de Félines Termenès.
Outre le "Caraillet" le tracé de la balade comprend de nombreuses traces de l'activité minière. La périphérie du Pech de Gailhaumet est un véritable gruyère, d'anciennes excavations détruites à l'explosif. De la haut, on découvre de vastes paysages des Pyrénées jusqu'à la mer.
Romain Zurbach du PNR Corbières Fenouillèdes, s'est livré avec nous à un intéressant exercice de Lecture du Paysage, reconstitution d'un bout d'histoire géologique à partir de la couleur et de l'orientation des reliefs, notamment le chevauchement des calcaires pré pyrénéens sur des terrains plus anciens fortement érodés ainsi que l'orientation des plis trahissant la poussée de la plaque ibérique vers le continent européen.
Pause repas près des baraques et de la source de Marmayranes.
Au retour le sentier côtoie d'anciennes galeries d'exhaure (écoulement des eaux) et de travers banc.
Sur Lacamp, les mines de fer étaient souvent exploitées en descendant à partir d'affleurements.
A la fin du 19ème siècle, les ingénieurs tels Marius Esparseil tentaient de recouper les amas en creusant une galerie plus bas à travers les stériles, dite de "travers banc". L'exemple de la Galerie de Las Coupes montre qu'elle a été creusée trop bas, en dessous de l'amas déjà exploité. Ce genre d'échec n'était pas rare.
Le dernier site visité a été la "Caune de Mathieu Rieu", une cavité karstique vidée de son contenu de minerai et ayant servi d'abri à un berger.

Une balade réussie avec une chaleur encore supportable.
Merci aux animateurs pour leur disponibilité et leur partage du savoir, aux participants (24) pour leur attitude receptive et bienveillante.